Prison et IA : à quoi faut-il s’attendre ?

Cet article vient compléter l’article "IA et contrôle social" et ainsi développer sur l’apparition de certaines formes d’intelligence artificielle qui voient le jour en prison.

 

Ça y est, l’heure de l’IA en prison a sonné. Est-ce de bonne augure ? Qui va en profiter ? Sera-t-elle au service de la justice et de l’efficacité du système carcéral ? Ou alors contribuera-t-elle à durcir les conditions d’enfermement, en supprimant définitivement le peu de contact humain qu’ont les détenus ? 

 

Cet article va alors tâcher de répondre à toutes ces questions, en présentant notamment les forces et faiblesses de certains systèmes d’IA déjà ou bientôt utilisés en prison.

Justice prédictive et biais algorithmiques ou correction des biais humains ?

L’intelligence artificielle est désormais utilisée comme un outil d’évaluation du risque de récidive, influençant directement les décisions de justice. Aux États-Unis, le système COMPAS attribue un score de risque à chaque détenu afin d’évaluer la probabilité qu’il récidive. De plus, l’IA est de plus en plus impliquée dans l’évaluation des comportements en prison pour déterminer si un détenu peut bénéficier d’une libération conditionnelle. Si ces technologies suscitent des critiques, notamment en raison de biais potentiels, elles peuvent aussi constituer un levier pour améliorer l’équité du système judiciaire. 

 

En effet, le National Registry of Exonerations estime à plus de 30 000 le nombre d’années de vie injustement passées derrière les barreaux à cause d’une justice parfois expéditive, fondée sur des intuitions humaines faillibles ou des décisions arbitraires. En introduisant des critères standardisés et en réduisant l’influence de jugements subjectifs, l’IA pourrait permettre d’éviter certaines erreurs judiciaires et d’offrir une justice plus prévisible et rationnelle. Toutefois, son efficacité dépendra de la transparence des algorithmes et de la capacité à corriger les biais inhérents aux données utilisées.

 

Les nouveaux systèmes de surveillance en prison

Les nouvelles technologies de surveillance se multiplient dans l’univers carcéral. Les systèmes de reconnaissance faciale et de biométrie permettent d’identifier les détenus en temps réel et de suivre leurs déplacements au sein de l’établissement. L’IA est également utilisée pour analyser les communications des prisonniers afin de détecter des menaces ou des comportements suspects, soulevant ainsi de sérieuses inquiétudes quant au respect de la vie privée. Certains dispositifs vont encore plus loin en tentant de reconnaître des émotions ou des expressions faciales qui pourraient indiquer des intentions suspectes. Cependant, ces technologies posent de nombreux problèmes, notamment le risque d’erreurs dans l’interprétation des comportements, ce qui pourrait entraîner des injustices graves et une surveillance abusive.

 

Par ailleurs, dans certains pays comme la Chine, la Russie ou même les États-Unis, des robots surveillants sont déjà déployés dans les établissements pénitentiaires. Ces machines patrouillent dans les couloirs et signalent les comportements jugés anormaux. L’automatisation s’étend également à la gestion des déplacements des détenus afin de limiter les contacts entre individus jugés sensibles. L’introduction de distributeurs automatiques pour les repas et les soins médicaux vise à réduire les coûts et à optimiser la gestion quotidienne des prisons

 

Toutefois, cette automatisation entraîne une disparition progressive des interactions humaines, ce qui représente un problème majeur pour les détenus qui se retrouvent isolés de tout contact réel. Certaines prisons, comme celle de Yancheng en Chine, sont devenues de véritables « smart prisons », avec des bracelets électroniques pour suivre les déplacements, des écrans interactifs pour formuler des requêtes et des systèmes de reconnaissance faciale omniprésents.

 

Un exemple marquant : la prison de Cobb et les robots-sentinelles

Un autre exemple de prison qui développe des prototypes de robots-surveillant est la prison de Cobb, aux États-Unis. Ces « robots sentinelles », selon le shérif du comté, Craig Owens, sont un changement majeur pour les prisons et peuvent être une réussite totale. « Je pense qu’avec la technologie, on peut travailler plus intelligemment, pas plus dur » a-t-il assuré dans une interview. Ces robots d’environ 2 mètres, ressemblent aux droïdes dans Star Wars et sont équipés d’une technologie de pointe : de l’intelligence artificielle, des caméras à 360 degrés, une vision nocturne et une capacité à détecter la chaleur. Ils parlent même avec des phrases basiques.

 

De plus, il précise aussi qu’un robot ne tombe pas malade, ne prend pas de vacances, ce qui représente un atout économique important pour les prisons. Ce projet est en démarrage, à voir ce que cela donnera durant les différentes phases de test

 

En Corée du Sud, plus d’un milliard de won (635 000 euros) a été dépensé pour le développement de "robots-matons", et ainsi décharger les surveillants des rondes nocturnes.

 

Conclusion : Une prison plus efficace mais moins humaine

L’IA en prison, c’est une lame à double tranchant. D’un côté, elle promet une meilleure gestion, moins de violence et des coûts réduits. Fini les failles de surveillance, place à l’optimisation totale. Mais à quel prix ? La suppression du contact humain, la prise de décisions automatisée et le risque d’erreurs algorithmiques posent des questions éthiques majeures.

 

Dans le fond, si l’humain avait voulu isoler les prisonniers, il aurait pu le faire depuis longtemps. Des murs épais, une privation stricte des contacts : c’est déjà une réalité carcérale. Alors pourquoi ajouter l’IA à cette équation ? Peut-être parce qu’elle permet d’enfermer sans même avoir à gérer l’enfermement. Une prison qui tourne seule, sans gardiens, sans interaction, c’est peut-être la prison du futur. Mais c’est surtout la prison d’un monde où la justice ne s’embarrasse plus d’humanité.


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Sources